La montagne de Saint Genis (1 et 2 mars 2012)

par Fab le 5 mars 2012. Classé dans: Non classé.

Quand on ouvre la carte IGN, le parcours de la découverte de la montagne de Saint Genis s’impose de lui-même. Vu d’avion, il s’agit en gros d’une ellipse pratiquement fermée d’une vingtaine de km composée, en particulier, de deux grandes crêtes calcaires qui se font face. C’est dire si la boucle est toute trouvée !

Ces remparts naturels encerclant un vallon boisé au fond duquel coule un torrent cristallin qui creuse des gorges au N-E du hameau de Saint Genis auraient pu marquer les limites d’un sanctuaire protégé. Hélas, un système de pistes quadrille le vallon. Mais l’accès motorisé est réservé aux seuls forestiers, bergers et chasseurs…Pour s’approcher sans marcher, le commun des mortels devra  emprunter l’unique petite route goudronnée au nord qui aboutit à la maison forestière de Jubéo vers 700 m.

Autrement 5 sentiers (4 au sud, 1 au nord) permettent d’y accéder à pied dont 3 mènent directement sur l’une ou l’autre des crêtes.

C’est dans un temps purement estival, sous un ciel bleu absolument immaculé toute la semaine, qu’en cette fin d’hiver je m’en vais fouiner dans ce minuscule massif désert des Hautes Alpes non loin du chahut des stations envahies à cette période par les cohortes de vacanciers qui ne cessent de se succéder.

 

 Jour 1 : Les Vials (680) – Pas du Colombier (1150) – Roc de l’Esculier (1432) – Pas de Jubéo et Jubéo (890)

D+ : 860 m
D- : 660
Dist : 12 km
Temps : 4 h 15

 

Sans hésitation, c’est dans le sens antihoraire que j’entreprends le tour en partant des Vials à 680 m d'altitude, au S-E. En partant  à la mi-journée, la distance est plus courte pour aller rejoindre Jubéo, le point prévu pour bivouaquer. Avant midi, il fait bien chaud dans la montée douce qui devient plus raide à travers les chênes et le thym sous le pas du Colombier. Quel contraste avec la récente vague glaciale ! On se croirait en mai s’il n’y avait pas ce manque total de fraîche végétation. J’observerai tout de même mes premières fleurs de l’année : crocus, hépatiques et l’émouvant bulbocode printanier plus haut sur la crête.

Je traverse un premier ruisselet issu du pas du Colombier, d'entre les falaises, puis une vire sous la barre calcaire m’amène dans la fraîcheur boisée ; je pénètre dans Saint Genis…

On peut penser couper au plus court pour rejoindre, à droite, le début de la crête mais la végétation est par ici un grand obstacle. Je poursuis jusqu’au col du Colombier puis j’emprunte une piste horizontale sans issue qui mène au bord de la falaise que je longe alors tout en montant par des vires terreuses striées de strates calcaires. Un peu de pinède puis le cheminement devient herbeux quand la falaise s’oriente au N-O. La vue est belle qui domine les campagnes non verdoyantes encore.

 

 

Le bord de la falaise qui sera parcouru tout à l'heure

 

Le ruisseau du Colombier

 

Au-dessus du pas, crête du Mont Genis

 

La longue crête de Lure plein sud.

 

La montagne d'Aujour au N-E

 

Un peu de couleur : le bulbocode printanier (bulbocodium vernum, Liliacée)

 

La seconde partie de la crête, évitable par un sentier descendant à flanc jusqu’au pas de Jubéo, est aussi élégante que déplaisante. Pendant près de 4 km, des arbres rabougris, des épineux vindicatifs s’accrochent péniblement sur la crête rocheuse ; et dans une plainte silencieuse, cette végétation aigrie semble m'implorer en s’agrippant à mes gestes comme pour me retenir dans ses doigts coriaces. Par moments, la main se pose sur les roches inclinées et chaudes, le pied trouve de nombreuses fentes. Au bout, des dalles et des cailloutis, parsemés des fameux genévriers thurifères, conduisent au pas, 300 m plus bas.

Par la piste, on arrive alors très rapidement sur le grand replat de Jubéo où se trouve une petite fontaine.

Où se poser pour la nuit sinon là, juste au pied de ce cèdre, sur le grand plat verdoyant ?

Allongé dans la clairière, sous le mouvement des branches que secoue un vent modéré et bercé par les chants des oiseaux, je me plonge dans un peu de lecture en attendant la nuit. Après une tisane de thym local, je m’endors paisiblement.

 

 

La crête au fond paisible laisse place à une végétation pénible.

 

La campagne encore terne de Savournon

 

La fin de la crête

 

Jour 2 : Jubéo (690) – Col de Taillefer (1054) – Revuaire (1302) – Col de Taillefer (1054) – Pont de pierre (738) – Porte Sereine (1135) – Crête de Saint Genis (1270) –Col de Lazer (1190) – Col des Clots (1160) – Col du Colombier (1150) – Les Vials (680)

D+ : 1050 m environ
D- : 1250 m environ
Dist : 18,5 km
Temps : 6 h 30
 

La nuit sera peuplée du cri et des galopades des chevreuils avec, en bruit de fond, quelques aboiements lointains mais pénibles de quelques chiens. Les moutons sont-ils déjà là, ne laissant point le temps à l’herbe de renaître à peine ?

Le lieu ne laisse pas le soleil filtrer ses premiers rayons, il n’a pas gelé avec 0,5 °C à ras de l’herbe au matin, 2-3 °C de plus dans l’abri où la condensation ne fut pas excessive. Il fait plus froid dans les alpages du Queyras en août.

J’atteins rapidement le collet du Taillefer puis j’effectue l’aller-retour sur la crête de Revuaire, par une pinède puis parmi les beaux thurifères. La falaise est abrupte, le point de vue est superbe sur les plates campagnes, sur Serres et ses crêtes que parcourt le tour des baronnies du Buech. De retour au col, une traversée avec une fausse montée parcourt pinède et chênaie avant de plonger dans le fond des gorges. Je surprends un chamois dans la descente; c'est inhabituel pour moi d'en voir dans ce milieu à chevreuil, si bas.

 

 

Au Nord, le Dévoluy enneigé avec deux pentes majeures en ski : Garnesier et Grand Ferrand

 

Au sommet de Revuaire, la crête et le Rocher de Beaumont à l'Ouest.

 

 

Pic et plateau de Bure, droit devant.

 

La crête parcourue la veille

 

La fin illuminée est plus raide et caillouteuse ; après avoir longé le pied d'une belle barre, j'arrive dans la fraîcheur du torrent juste devant un très beau petit pont de pierre sous lequel coule une onde pure et limpide. Dans ce petit oasis paisible, on s’attendrait à apercevoir une nymphe ; telle la naïade se miroitant dans l’onde, séchant ses longs cheveux épars ou tissant de fleurs sa parure.

Sitôt sorti de ma rêverie et le pont franchi, la montée à l’ombre de l’Ubac reprend. Des bouts de pistes puis c’est l’arrivée paisible à Porte Sereine, le point de départ de la crête au sud, par une sente agréable où subsiste quelques dernières neiges. En pleine chaleur, à la mi-journée, la collation s’impose. De là, tout le trajet de la randonnée est visible.

Il suffit à présent de poursuivre facilement la crête d'Ouest en Est sur plus de 4 km. Si le patou agressif surgit telle la bête de Calydon, il ne faudra point craindre de guerroyer et d’exposer ses cuisses charnues car sur le sommet de l’Aup, aucun contournement de la piétinaille n’est possible : à droite, le vide et à gauche, la végétation la plus impénétrable qui soit.  L'autre solution, moyennant un détour de 6 km, consiste à faire un beau demi-tour pour reprendre la piste à flanc de versant Nord qui ramène au col des Clots, terme de la crête.

 

 

Les gorges du Riou

 

La barre au-dessus du pont Romain

 

 

Le pont Romain

 

Sur la crête, peu après Porte Sereine

 

La dernière longueur de crête de Saint Genis

 

Pour rejoindre le sentier de montée, là encore, repasser par le col du Colombier implique un détour mais c’est plus raisonnable car couper semble encore très compliqué dans ce type de végétation. On a le temps, et plus ça dure plus c’est bon. Au pas, j’entends le bétail qui monte monopoliser la crête parcourue la veille en l’érodant toujours plus; il n’y a strictement aucun brin d’herbe verte encore…

En retraversant le ruisseau,  je n’avais pas remarqué en montant que ces troncs étaient pétrifiés, venus faire corps avec la roche dans le ruissellement calcaire. Il doit y avoir une légende pour expliquer cela. Auprès d’une nymphe, je baigne mes pieds dans l’eau cristalline de la petite vasque de la cascade.

 

Troncs pétrifiés dans la roche

 

Deux randonneurs qui descendent, en fin d'après-midi montrent le cheminement sur la vire sous le Pas du Colombier

 

Voilà donc, ce petit tour merveilleux d’une trentaine de kilomètres et à peine 2000 m de dénivelé dans cette montagne Méditerranéenne des Hautes Alpes.

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