Mont Thabor : tour et sommet (10 et 11 juillet)
par Fab le 19 juillet 2011. Classé dans: Randos MUL.
Grand soleil "prévu" par météofrance sur les 2 jours, je réalise ce tour personnalisé (environ 54 km et 3450 m de dénivelé) qui, à cheval entre Hautes alpes et Savoie, passe par le sommet du Thabor.
Le sac pèse au total à peine 6 kg au départ (liste à 3,3 kg + nourriture et presque 2 l d’eau).
Jour 1 : 10 juillet 2011
D+ : 2050 m
D- : 1565 m
Dist : 26 km
Temps : 9 h 40
Parking haute vallée (2030) – Col des Muandes (2828) – Roche du Chardonnet (2950) – Col de Valmeinier (2920) – Col de la Chapelle (2943) – Mont Thabor (3178) – Col des Méandes (2727) – Ref. du Thabor (2508) par le col de la Vallée Etroite – Col du Cheval Blanc (2791) – Col des Bataillères (2804) – Lacs du col des Marches (2500).
C’est du parking terminus de la haute vallée de la Clarée que je démarre dans l’ombre et la fraîcheur à 7 h 20 sur le GR57. Je ne passe pas au refuge des Drayères (ça sera au retour) mais j’emprunte un beau sentier qui s’élève plus directement vers les premiers lacs (45 min). C’est le début d’une longue série tout au long de cette boucle : rond, long, sans nom …
La lumière qui illuminait le versant d’en face, le massif de la pointe des Cerces, atteint le vert alpage où je m’engage après un passage chaotique dans des blocs. Déjà la mélodie de l’eau chante avec bonheur dans mes oreilles.
Dans la solitude totale, j’atteins le lac des Muandes puis le col du même nom (2 h 15). La vue donne sur le cirque supérieur de la Vallée Etroite remplie de nouveaux lacs.
Les Cerces, les Roches Crépin
Les premiers lacs face au massif des Cerces
Le Lac Rond (2446 m)
Du col, qu’on ne traverse pas, on poursuit sur la crête pour atteindre le sommet du Chardonnet (2950) qui domine le haut de la vallée de Valmeinier au nord sur des névés et des petits lacs, c’est la Savoie. Le vent frais est de la partie, je continue sur la crête descendante frontière entre les deux départements. Au col de Valmeinier, on passe en nord à l’abri du vent d’Est. C’est dans cette traversée que des névés persistent assez tard. La neige est encore dure mais la difficulté inexistante. Le paysage est très minéralement beau avec des éboulis clairs de quartzite.
La traversée en Est après la crête
Je viens de passer le Roc du Chardonnet (2950) et la crête, en haut à droite
Après le petit collet de la Chapelle, on passe en versant sud du Thabor. On a alors un terrain plutôt terreux à nuances ocres qui subit une forte érosion. Plus par des traces que par une sente, on atteint par un raidillon, boueux à cette époque, l’intersection du sentier de la voie normale, à moins de 100 m sous la chapelle, non loin du sommet.
Terrain éboulo-terreux aux belles nuances colorées
Je suis au Mont Thabor avant 11 h, seul. Le vent souffle toujours et le grand ciel bleu annoncé est en fait assez nuageux. Je me pose 10 minutes avant d’apercevoir la cohue montante que je commencerai à croiser dès le début de la descente, une quarantaine de personnes entre le sommet et le col des Méandes (2727). Une fois rejoint ce dernier, ça roule bien pour longer la barre des Chances du Peyron. Dessous le très beau lac du Peyron m’accueille pour la pause midi. Les rayons de soleils qui filtrent en quelques endroits de la couche nuageuse sont intermittents et donnent une belle lumière sur le cirque assez rocailleux.
Mon nouveau petit sac au sommet
Beau !
Beau !!
Le Cheval Blanc depuis les environs du col des Méandes.
Le Lac du Peyron
Une traversée vallonnée amène ensuite au niveau du col de la Vallée Etroite puis remonte encore vers des lacs à proximité du refuge du Mont Thabor qui apparaît sur fond d’aiguille du Cheval Blanc.
Cette remontée d’environ 400 m se déroule sous un ciel triste et sous quelques gouttes. Elle m’amène au niveau du col du Cheval Blanc sur la crête des Bataillères et non directement au col du même nom, plus au Sud. C’est pourquoi, en basculant au lieu de suivre la crête, je m’égare quelques instants dans un univers minéral sauvage devant le cirque nord des sommets du Thabor. J'en profite pour prendre quelques clichés et je rejoins le col des Bataillères en me repérant à quelques cairns. On trouve encore des petits lacs parmi la rocaille. On descend alors sur le lac du même nom avant de retrouver un beau vallon humide et verdoyant où se niche le refuge des Marches tout en bois.
Le refuge du Mont Thabor
Aux environs du col du Cheval Blanc, immense stade d'éboulis et les sommets du Thabor
Le pic du Thabor (3202 m)
Plus bas, on atteint le grand lac de Bistorte mais je fais mon ultime montée de la journée en direction du col des Marches. L’objectif est d’atteindre deux petits lacs nichés en son pied vers 2500 m. Après 2300 m, je vois un beau replat de bivouac, près du ruisseau mais sous les lacs. Je décide de continuer mais quand j’arrive au point prévu, je suis dans un premier temps déçu. L’eau coule peu, elle vient d’un petit lac à l’eau peu profonde et la rocaille prend le dessus sur la verdure. Mais je trouve un petit replat suffisant pour l’abri et découvre finalement une vraie petite source alimentant en partie le lac.
Tout va bien après 9 h 40 depuis mon départ dont 9 h de marche effective. J’ai juste ressenti des douleurs tendineuses au cours de la dernière descente. C’est qu’avec l’air frais et le temps vento-nuageux, j’ai pu garder ma micro-polaire et je n’ai pas ressenti le besoin de boire normalement, je pense donc insuffisamment.
Une averse se déclenche juste à mon arrivée. Je monte l’abri en un instant. Puis le soleil revient juste le temps de faire une agréable et parfaite toilette complète dans le lac.
Une marmotte vient me tourner autour comme pour m’accueillir. Le coin est très sauvage comme j’aime. J’ai besoin d’une bonne récupération, en fait je n’ai rien fait de significatif en montagne depuis la mi-mai.
Je vois que le ciel est assez dégagé mais hélas, contre toute attente, au moment de m’endormir, à la tombée de la nuit, les orages viennent me rendre visite. Le vent, la pluie, les éclairs et le vacarme du tonnerre sont stressants et me font perdre bien 2 h de repos. Par des peurs ancestrales et inscrites dans les gênes, en quelque sorte, l’homme n’est jamais totalement serein sous un orage. Moi, en l’occurrence, à ce moment perché dans ce petit cirque à 2500 m. Quand l’éclair vous éblouit à travers la toile de l’abri mais même à travers les paupières fermées, on n’est pas certain de ce qui va se passer au suivant. Bien que la majorité des décharges se fassent dans les nuages ou entre eux, le risque de coup de foudre (courant de décharge depuis la terre) est bien réel.
Que faire ? rien si ce n'est se recroqueviller tout de même en boule sur le matelas pour limiter la différence de potentiel en cas d'impact éventuel à proximité.
En fin d'après-midi, dans la montée au col des Marches, l'immense lac de Bistorte (2082 m).
Jour 2 : 11 juillet 2011
D+ : 1400 m
D- : 1860 m
Dist : 28 km
Temps : 9 h 35
Col des Marches (2727) – Valmeinier haut (1722) – Pas des Griffes (2554) – Col de la Plagnette (2525) – Parking haute vallée (2030)
J’avais mis la sonnerie à 6 h mais c’est ma popote qui sonna à 5 h 30. Sous la toile, j’eus le temps d’apercevoir le museau de la marmotte. Je retrouvai la housse, quelques mètres en dehors. Il faut bien mettre la nourriture dans le sac et se servir de ce dernier d’oreiller sinon…
Le ciel est dégagé malgré quelques gros nuages persistants et j’assiste à un beau lever de soleil.
5–6 °C au matin avec une forte condensation et humidité mais tout est sec sous la Shangri-la 1 qui a parfaitement joué son rôle bien qu'assez détendue.
A 6 h 30, je suis prêt à affronter la bambée du jour : 3 cols à passer avec une descente de 1000 m sur Valmeinier. Pour l’heure il s’agit de grimper le raidillon casse-mul qui débute dès les premiers pas à froid. Au col, non sans apercevoir encore un nouveau lac (de Roche Noire), je bascule vers Valmeinier.
Lever de soleil au lendemain des orages.
Du col des Marches (2725), 225 m au-dessus de l'emplacement du bivouac (flèche rouge) près du petit lac.
La descente se déroule dans l’ombre, l’eau ruisselle de partout. En bas, quelques pylônes désagréables puis le village-station par lequel je veux éviter tout passage. Avec la précision d’une 25/1000 ème, on arrive à trouver un cheminement précis pour atteindre au plus vite le vallon de remontée. Mais on n’échappe pas à une perte d’altitude conséquente jusqu’à 1720 m et à quelques mètres sur le bitume d’un virage. Quelques douleurs tendineuses reviennent sur la fin de la descente, la vieillesse arrive à grands pas…
Arrivée sur Valmeinier station.
Il faut rejoindre le départ des sentiers du vallon de Neuvache. Il fait bien chaud à présent. Le long du magnifique torrent aux vasques cristallines et à la végétation luxuriante, le sentier monte doucement. Le parcours est très beau jusqu’à l’intersection où il faut songer, vers 1900, à monter dans le versant Est. La montée est un peu laborieuse et assez rude par endroit mais en gagnant l’altitude, le fond de l’air devient plus agréable. On domine rapidement la partie inférieure du vallon en croisant des maisonnettes de pierres aux toits de lauzes. J’entends des bêtes en face mais je ne serai pas embêté par les moutons et surtout les patous sur cette rando.
J’atteins le Pas des Griffes après 800 m de montée, il est 11 h 20.
Remontée, objectif : le pas des Griffes.
Bas du vallon luxuriant.
On quitte le fond du vallon, ça chauffe.
Un dernier regard vers le haut du vallon où se trouve le Thabor traversé la veille.
De l’autre côté, de vastes alpages aux pentes peu sévères et tout au fond le col de la Plagnette, le dernier avant de retrouver la Haute Clarée. Après une courte descente, une assez longue traversée à flanc rapproche du vallon de la Valette et du pied de l’Aiguille Noire qui domine majestueusement les lieux avec sa splendide texture rocheuse.
Une sente à flanc permet de ne pas trop redescendre pour rejoindre l’axe du vallon et le pied du versant Ouest de l’aiguille.
Je m’octroie la pause repas vers 13 h à 200 m sous le col, avant un raidillon. Il fait très chaud et j’en profite pour étendre l’abri trempé qui sèche en quelques minutes.
Derrière le pas des Griffes, on retrouve les Cerces.
Au fond, le col de la Plagnette, le dernier.
L'aiguille Noire des Cerces (2869).
Au passage, une invitation à la découverte du vallon de la Valette.
Magnifique rocher de Quartzite.
Il faudra revenir traverser en escalade cette aiguille.
Sous le col de la Plagnette (2525), un grand lac couleur émeraude, suivi d’un autre. La descente est très courte et on rejoint un gros sentier fréquenté. Je rejoins ainsi l’itinéraire d'un tour de la pointe des Cerces réalisé en 2008.
On passe devant un autre beau petit lac avant de plonger longuement sur le refuge des Drayères et le parking. Le sentier est bien érodé, la foule est bien présente et la fin est un peu pénible sous la chaleur mais je me rafraîchis dans l’eau cristalline avant de boucler, là encore en près de 9 h de marche effective.
Un des lacs de la Haute Clarée : le Grand Ban.
Allez, un petit dernier pour la fin, au moins le 22 ème ! (lac de la Clarée, 2433 m).
Remarques :
Réalisable en 2 ou 3 jours, c’est un tour splendide qui fait découvrir un secteur majeur. Il peut se rallonger avec bonheur en allant tourner autour de la pointe des Cerces. A part pour manger et prendre le temps de faire des photos, je ne me suis pas arrêté mais je me suis promené lentement surtout le second jour à cause d’une récupération médiocre.
Pour un mois de juillet, je n’ai relativement pas rencontré beaucoup de monde sauf sur quelques passages, au niveau des refuges bien sûr et sur les derniers km dans la haute Clarée trop fréquentée à cette époque. Les restrictions d'accès et la navette seront mises en places 2 jours après.
L’eau est partout, partout, il suffit de tourner la tête. Sous forme de lacs, on en rencontre plus d’une vingtaine sur le parcours, ou sous forme de ruissellements divers. Cette eau si belle, si pure et si potable qui est donnée à volonté par la montagne mais qui est si précieuse et rare ailleurs.
Je suis amoureux et définitivement addict de ces ruissellements magiques qui semblent jaillir de nulle part si tôt qu’on redescend des cols et des hauts sommets. Le chant de l’eau qui a toujours rythmé et bercé mes virées m'apaise vraiment et me rend heureux. Pour moi, ces sources et ces ruisseaux représentent la paix, la sérénité, la nature, la vie; vie diverse et riche qui ne manque pas d’ailleurs de s’installer tout autour.





























