Un « grand » Tour du Viso (24 au 26 juillet)

par Fab le 29 juillet 2010. Classé dans: Randos MUL.

L'objectif était d'aller rechercher la fraîcheur des altitudes du Queyras autour du Viso mais pas question du tour classique : beaucoup trop court pour une rando MUL, surfréquenté et pas assez de recul sur le sommet.

Je me suis grandement inspiré du topo Vallot plein d'humour qui le décrit en 7 jours de refuge en refuge avec des étapes très courtes mais en prenant le temps de faire quelques sommets au passage. Mon but n'étant pas la tournée des refuges mais le tour du Viso, j'ai réalisé deux petites variantes pour ce tour que j'ai prévu en 4 jours avec sommets.

Il me faudra en fait à peine 3 jours pour faire ce superbe tour d'environ 60 km pour 5000 m de dénivelé.

Je suis arrivé à me procurer une carte au 1/25000 du secteur (partenariat franco-italien), hélas, à part les sentiers autoroutes, rien d'autre n'y figure et de plus il y a des erreurs quant à leur tracé. Il faut donc avoir quelques infos préalables et s'apercevoir que sur le terrain, même hors sentier, le balisage est bien présent, ouvrant une infinité de possibilité pour tourner à son rythme autour du géant.

Je pars donc avec un sac de base de 3,750 kg auquel je rajoute 4 jours de nourriture et l'eau pour un total de 7,5 kg.

 

jour 1 : La Roche Ecroulée (1787) – Col de Seilliere (2834) – Col de Manzol (2701) – Col de Proussera (2200) – Col de Gianna (2525) – Lac de Fiorenza (2130)

D+ : 2300 m
D- : 1950 m
Dist : 23-24 km

C'est le grand beau, quand je pars du parking de la Roche Ecroulée à 8 h. Quelle fraîcheur, il fait presque froid ! Je prends le sentier. Rapidement, le géant apparaît au fond, si proche et loin à la fois. On rejoint vite la piste longuette de 4,5 km menant au Belvédère du Viso (2133) (1 h d'approche).
 

Le Viso (3841 m)  apparaît rapidement.
 

La pointe Joanne (3054 m), à droite, par où je reviendrai.
 

Je passe le col de Seilliere (2834) pour basculer en Italie, sur le refuge Granero et son lac, remonte ensuite le col de Manzol ou plutôt directement au-dessus, au passage qui permet de basculer à 2700 m. De là on peut faire le Manzol en AR.

La descente est tortueuse et exposée sur des barres mais rapidement le sentier se calme et on descend le vraiment magnifique vallon del Pis sur le Refuge Barbara (1757). De l'eau, des fleurs, de la verdure et des dalles rocheuses colorées.

Il y a une route et un parking, donc je retrouve les tonitruants italiens en passant devant le refuge. Le coin est vert et plein d'eau et sur le grand replat, quelques tentes sont plantées. Le vrai camping semble autorisé mais visiblement les italiens n'en abusent pas et le coin est propre. Quand je prends le fond du vallon pour trouver la sente (non figurée sur les cartes), je vois même une grosse tente auvent de caravane. Comme elle n'est plus à la portée d'une voix d'Italien qui cause normalement (environ 200 m), ses occupants jouent de la trompette ! Ah ces bruyants italiens, c'est par le bruit qu'ils communiquent.

 

Premier col : Selliere (2834)
 

L'italie !
 

Le lac Lungo
 

Le lac Nero au pied du Manzol
 

Le Mont Granero (3171), la prochaine fois
 

Superbe vallon del Pis
 

C'est donc sous le son de l'instrument que je remonte dans un mélézin sauvage vers le col de Proussera (2200). Il est environ 13 h 30.
Le paysage ne m'est pas du tout familier, quel dépaysement si près des Hautes Alpes !
Par une traversée plus aride, je rejoins le vallon de Gianna qu'il eut été possible de remonter par le sentier principal plus long depuis Barbara par les granges de Gianna. C'est le désert. Le petit vent frais fait supporter le coupe-vent par moments malgré le gros soleil.
 

Arrivée sur haut du vallon de Gianna
 


Superbes hauts alpages

Au col de Gianna, la face nord du Viso apparaît brutalement, grandiose. 

Dans la descente, les possibilités de bivouac sont nombreuses mais je ne trouve pas l'eau escomptée sur le replat vert sous le col. Je poursuis jusqu'au Pain del Ré ou subitement je passe du désert Africain à la ville de Tokyo. Le sentier rejoint l'autoroute menant au col de la Traversette. Il y a une route qui s'achève sur le parking du Pian (2013 m) et il y a un lac à 20 min. Le coin est donc fréquenté et de plus c'est en plein week-end mais c'est bientôt la fin de journée.

Je remonte rapidement, dans une ambiance refuge du Glacier Blanc, les 150 m du lac de Fiorenza (2110 m). En face, j'avais jumeler pour choisir mon bivouac, ça sera, isolé, 20 m au-dessus du lac sur une bute prés d'une petite mare.
Il est 17 h 30, à l'Est, rien ne vient boucher la vue sur l'immense plaine du Pô, j'aurais le soleil dès le petit matin. Je vois des italiens, tente et gros sacs plastiques à la main venir s'installer au niveau du déversoir. En passant, j'ai bien vu un panneau bardé de nombreuses interdictions sauf le camping. Cette tolérance me séduit quand en France le camping est si mal vu.

C'est donc avec le Viso en pleine face, lac au premier plan que je me baigne dans l'eau presque chaude de la mare. Le coin devient vite désert et je me couche, en pleine forme, comme une poule, vers 20 h après cette très belle journée.

 

Du col de Gianna, la face nord du Viso
 

 

Le Pian del Ré, retour sur l'autoroute
 

Bivouac parfait, demain, le col et le Viso Mozzo à gauche.

 

jour 2 : Lac de Fiorenza (2130) - Col des Visos (2655)Viso Mozzo (3019) – Passo San Gallarino (2728) – Passo San Chiaffredo (2762) – Punta Malta (2997) – Gr. Gheit (1910) dans la vallée Vallanta

D+ : 1530 m
D- : 1730 m
Dist : ~19 km

Après une nuit excellente, les rayons du soleil illuminent ma tente quand je déjeune. Mais il ne suffira pas à sécher l'énorme condensation. C'est que la température est descendue proche de zéro puisque par endroits, la rosée a givré.

Je démarre à 7 h 20 et rejoins rapidement le lac Chiaretto (2277) en approchant de très près au passage une femelle bouquetin et ses deux petits. Au lieu de le contourner par la droite, je suis bêtement un nouveau balisage à gauche pour rejoindre la moraine. Du coup, je loupe l'alimentation du lac sur laquelle je comptais pour me ravitailler.
 

Ouf, au matin, le Viso est toujours là.
 

Poursuite au-dessus du lac Fiorenza
 

Petits bouquetins
 

La mère
 

Lac Chiaretto (2277)
 

Lac Chiaretto (2277)

Au-dessus, entre les deux Visos, on rentre dans le royaume de la pierre et il ne semble plus y avoir d'eau. Tant pis, il fait frais, je tiendrai bien jusqu'au sommet. Je suis sur l'itinéraire principal du tour classique, donc peu à peu quelques randonneurs apparaissent plus présents mais pas beaucoup à cette heure. Je passe le névé qui donne accès au sommet de la moraine et le sentier se couche longuement dans la pierraille jusqu'au col des Visos (2 h).

Le fameux refuge de Q. Sella est à quelques pas, près du grand lac du Viso, au pied de la face Ouest. C'est celui d'où l'on part pour la voie normale (face Sud). Au col, je trouve une source inespérée mais ce n'était pas si utile.
Je grimpe le Viso Mozzo d'où la vue est intéressante, face au Viso bien sûr mais d'où l'on voit également le Grand Paradis, le Mont Blanc et le Cervin.
 

Parcours vers le col des Visos après la moraine
 

Sommet du Viso Mozzo (3019)
 

Face Est du Viso
 

Grand Paradis à droite, Cervin au centre
 

Le Grand lac du Viso à son pied.

En redescendant, je passe devant le gros refuge. Plus loin, les possibilités de bivouacs sont nombreuses, au départ du sentier qui mène au Pas des Sagnettes pour la voie normale. D'ailleurs une tente est plantée, même pas démontée, pour la course visiblement. A midi pile, je mange au Passo San Gallarino. Je jumelle la voie normale du Viso où je vois quelques randonneurs à la descente. Il y a encore du névé.
 


 

Pian Gallarino, cime de Lobbie (3016)
 

Le Passo San Chiaffredo est à 10 min et c'est là que je quitte l'autoroute pour monter raidement à la Sella Calata. Il est un peu plus de 13 h, j'ai le temps de me faire le sommet de la Punta Malta. Ensuite, c'est la descente dans le vallon des Ducs, sauvage hors sentier désert mais peinturluré. Ambiance Western dans la caillasse mais en-dessous de 2700 m, la verdure et l'eau réapparaissent.
D'un coup, il y a un magnifique coin de bivouac, plat vert et eau à 2600 m puis la descente se poursuit longuement et magnifiquement jusqu'aux premiers arbres vers 2300 m (mélèzes et arolles).
En-dessous, il y a des coins de rêve pour bivouaquer (source, mare), j'hésite mais il est encore trop tôt (15 h 45), je poursuis donc la descnte et dépasse même l'objectif de la journée, au niveau du refuge Bagnour et son lac. Un endroit sublime mais trop de monde, l'accès depuis Castello étant trop proche.
 

Le Passo San Chiaffredo (2762)
 

Je quitte le sentier classique emprunté depuis Pian del Ré.
 

Le vallon des Ducs depuis la Punta Malta (2997)
 

Face Sud du Viso, voie normale
 

 

Oui, ça descend là dedans !
 

Après la caillasse, un îlot de verdure vers 2600 m
 

Magnifique long vallon
 

Lac et refuge de Bagnour (2019)
 

La vallée de Vallanta

Je poursuis, dans le bois d'Alvé, j'aperçois Castello non loin, au fond de la vallée de Chianale et rejoins en traversée la vallée de Vallanta. Je me trompe à une bifurquation portant à confusion et commence à descendre vers le fond avant que mon altimètre ne m'avertisse de l'erreur. Je remonte 100 m pour retrouver l'itinéraire prévu. La sente remonte bien de 50 m alors qu'elle suit un courbe de niveau sur la carte.
Finalement, c'est à 17 h passées que j'arrive au niveau d'une ruine, Gr. Gheit, en dominant un peu le torrent de Vallanta à 1910 m. Un endroit merveilleux pour planter. Pas mal  de distance mais peu de dénivelé ce jour, avec presque 10 h depuis mon dernier bivouac.
 

J'entr'aperçois Castello
 

Gr. Gheit, calme et désert, on va stopper là, c'est joli.

Je ne m'occupe plus guère de ce que dit la météo mais après cette seconde journée splendide, j'espère le maintien du beau pour le retour en France. Le ciel est à cette heure menaçant sur le Viso. Le risque est grand de subir la nebbia dans ce secteur, ce brouillard classique et fréquent à couper au couteau qui explique en partie, le surpeinturlurage italien des itinéraires.
Après la toilette bienfaisante, je mange longuement en constatant que j'ai beaucoup trop de nourriture pour finir le tour.

Je ne ressens aucune fatigue mais de 20 h à 6 h 30, la nuit est réparatrice.

 

jour 3 Gr. Gheit (1910) dans la vallée Vallanta – Col de la Losetta (2872) – Pointe Joanne (3054) – La Roche Ecroulée (1787).

D+ : 1150 m
D- : 1270 m
Dist : ~16 km

Ouf ! encore le grand beau. Le plus pénible au bivouac, c'est de plier la toile gorgée d'eau ou de givre au petit matin. Avec quelques degrés au matin, on se gèle les paluches instantanément. De plus, pour un MUL, c'est terrible de penser qu'on embarque facilement 150 g d'humidité de plus dans le sac. Je démarre un peu tôt, vers 7 h 20 mais je remonte l'autoroute dans la tranquillité jusqu'à proximité du refuge qui "vomit" ses premiers marcheurs. J'ai loisir à les devancer pour atteindre seul le col de Losetta mais la plupart vont emprunter le classique col de Vallanta pour revenir en France.
 

Toits de Lauze même pour les ruines, ça change des tôles (rouillées) haut alpines.
 

Au fond la Pointe Joanne ou Losetta (3054)
 

Magnifiques dalles colonisées par les pins Cembros
 

Le refuge Vallanta, je n' y passe pas mais bifurque avant.
 

Sous le col, j'ai la chance de mitrailler 2 bouquetins mâles.
J'en termine au sommet de Joanne (ou Losetta) en 2 h 35.
De là, soit on peut revenir au col et traverser par un sentier sur le col de Vallanta, soit traverser directement en se jetant dans les raides pentes d'éboulis givrés N-E du sommet. C'est ce que je fais non sans jeter un dernier regard sur la dernière face du Viso : Ouest mais aussi sur le beau vallon de Soustra qui replonge en Italie.
 


Rencontre.
 

Coucou
 

Frontière
 

Lac Lestio (2510), côté Français, sous le col de Vallanta
 

Toute la vallée de Vallanta depuis le haut
 

Petit panorama sur la face ouest du Viso depuis la pointe Joanne, col Vallanta au centre.

Je descends lentement jusqu'à retrouver l'itinéraire de descente sur le Belvédère. L'endroit est sauvage et désert.
Plus bas, je mange au bord de l'eau tout en méditant sur les dernières  vues du fond de vallée et sur ce splendide tour.
Pour finir, je croise un peu trop de monde à mon goût et je reste intégralement sur la piste que j'avale en grande forme en 40 min.
 

C'est par là que ça descend sur la France.
 

Sauvage
 

Premiers arbres de la vallée du Guil
 

La descente de la pointe Joanne

Conclusion :

Incontournable, cette manière de faire le tour garantit peu de monde au final en permettant d'élargir la vue sur le Viso tout en découvrant des lieux magnifiques moins caillouteux et déserts.
Mais il existe bien d'autres possibilités ne serait-ce que pour rallonger un peu le raid qui m'a parut encore un peu court.

Ce secteur est frais (plus que les Ecrins) ce qui permet de marcher toute la journée sans jamais sentir la chaleur ni transpirer même sous le grand beau. Ne pas négliger les gros écarts de température.
Il faut dire que l'hiver commence très tôt ici avec du ski de rando dès octobre en général et une neige qui persiste bien jusqu'au début de l'été.

J'ai eu la chance de ne pas subir la nebbia, ce brouillard de beau temps à couper au couteau qui vient tout gâcher, surtout que je ne démarrais pas très tôt et marchais l'après midi.

De toute évidence, un secteur de toute beauté à parcourir chaque année en pèlerinage en variant les cheminements et en découvrant d'autres sommets. 

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