Entre Buech et Drôme
par Fab le 18 mai 2010. Classé dans: Randos MUL.Après les pluies de ce printemps perpétuellement perturbé, un petit créneau s’annoncerait-il enfin en ce week-end d’Ascension ? Je pars dans l’espoir d’un ciel un peu dégagé dans la région de Serres (Hautes Alpes) entre le Buech et la Drôme à défaut d’un tour des Baronnies du Buech de 4-5 jours.
Jour 1 : Col des Trousses (1262) – Col des Prés (1500) – Bonnet Rouge (1645)
Belles éclaircies mais du gros vent dès le départ. Une petite montée de 800 m en début d’après midi depuis le petit village de l’Epine (845) en direction du col des Trousses. La campagne, bien verte, des vergers, des champs puis un sentier plutôt confidentiel mais revalorisé (balisage jaune semblant récent). Grimpette dans les genets puis sous bois de pins qui offre une certaine protection au vent. Passé le col c’est une soufflerie, ce soir il va falloir ruser pour la tente.
Une piste dans l’Ubac joliment boisé de hêtres m’amène au col des Prés (1500 m).

Départ dans la verte campagne
J’enchaîne logiquement le petit sommet calcaire par la crête Est. Mais à son approche, c’est l’effet Venturi, difficile de rester debout. Je tente bien d’éviter la crête et de monter à flanc directement en m’accrochant mais je n’insiste pas, ce satané vent du nord aura eu raison ce jour, à 50 m du sommet que je viendrais faire en repassant demain.
Je redescends au col des Prés où je trouve un terrain bien gras et bien vert parmi les pins dans une zone apparemment « morte » pour le vent qui vient simplement tournoyer plus faiblement et par intermittence. Allez, pourquoi pas ici ?
Le vent siffle bruyamment dans les arbres.

Bivouac au col des Prés
Ce soir, le défi est d’allumer le réchaud à bois (fait maison) avec du bois omniprésent mais détrempé en profondeur par les nombreuses semaines d’averses consécutives. J’ai pris un bon couteau Mora pour bâtonner au besoin et je m’étais interdit de prendre le réchaud alcool P3RS avec lequel j’aurai pu manger chaud sous la tente en quelques instants à l’abri du vent.
Le vent forcit encore et se rajoutent brumes et giboulées. J’avais emporté un petit cube allume-feu mais malgré tout il me fallut au moins une demi-heure, en m’affairant sans répit, pour arriver à faire fumer l’eau dans laquelle les pâtes étaient cuites depuis un certain temps déjà. Je m’acharnais en vain à atteindre la grosse ébullition qui n’est pas nécessaire. Le bois brûlait mais il devait sécher d’abord. Avec le vent, l’équilibre n’était pas dépassé.
Avec les mains un peu gelées, je savourai enfin un plat chaud à l’abri mais j’abandonnai l’idée de recommencer pour une soupe ou même pour le café du soir.
J’ai abaissé la toile de la Shangri-la 1 au maximum avec 8 piquets + un hauban sur bois ( 2 piquets de plus c’était mieux) en prévision de la nuit ventée en perspective.
Difficile de s’endormir, le vent s’est renforcé dans la zone et la tempête fait rage aux alentours. La toile reçoit régulièrement de monstrueux et d’inquiétants coups de boutoir sur les côtés ce qui me réveille en sursaut. Mais elle tient bon, un joli test.
En fait, le vent ne semble pas avoir une direction fixe ici et je me serais vraiment senti assez mal avec un tarp. Je me suis dit que ce zeff allait se calmer pour laisser place à du grand beau froid au matin. Que nenni, cela sera pour le surlendemain. Le vent n’a en effet pas discontinué jusqu’au matin et même toute la journée.
Jour 2 : Col d’Arron – Crête du Duffre (1757) – La pyramide (1734) – le Pas de la Lauze (1553) – Col d’Arron – Bonnet Rouge (1645)
Je traîne au lit jusque vers 8 h avant de m’extirper dans le vent. Inutile de dire que de plier correctement un drapeau flottant au vent ne fut pas mince affaire mais au moins tout était sec.
Le ciel est quand même assez bien dégagé et je poursuis ma rando en direction du Duffre. Le col d’Arron est un grand plateau vert piqué de pins à travers lesquels pâturent tranquillement quelques vaches (bergerie). Le vent est à peu près nul ici et il aurait été plus judicieux d’y dormir (ce que j’avais prévu de faire à l’origine).

Paysage au relief modeste mais très boisé et bien désert
Le sympathique sentier à flanc du Duffre fait partie de l’itinéraire du tour des Baronnies du Buech. On peut aussi, du col d’Arron, rejoindre directement le sommet par l’alpage ce qui annule le parcours de crête mais c’est plus judicieux sous le mistral.
Le vent est fort et je ne quitterai pas de la journée mon coupe vent respirant, ultra léger et très efficace (Ion Marmot de chez A.D). Entre le Duffre et la pyramide, il me suffisait de lever les bras pour prendre mon envol. Je croise alors un pin complètement givré côté au vent avec des fibres de glaces figées à l’horizontal de 20 à 30 cm de longueur. Cette fée, toute de blanc drapée, ne m’a pas pipé mot, la pauvre, momifiée sur pied. Battu par les vents, je réussis tout de même à faire une photo nette.

Une belle rencontre

Résultat d’une nuit tempétueuse

Sur le pas des Lauzes
La descente du pas des Lauzes est infiniment plus calme et je rejoins le col d’Arron puis le col des Prés pour manger un morceau.

Face au Duffre
Je monte ensuite au bonnet Rouge mais par l’ouest cette fois, pensant être plus protégé du vent. Bof, je finis l’ascension en m’agrippant aux quelques rochers somnitaux. Je trouve une petite zone où est fleurie la splendide fritillaire du Dauphiné; certaines ont été décapitées par le vent.
Au sommet, ça va mieux, à l’abri de la pente sud. Pour éviter de reprendre la soufflerie, je décide de descendre tout droit par l’alpage puis dans la pure garrigue inextricable à genets pour rejoindre vers 1400 m un autre sentier de descente sur l’Epine.
C’est 100 m de gros sanglier limite pénible. Penser que couper à l’étage collinéen n’est pas couper en moyenne montagne, surtout avec des cartes IGN périmées d’une vingtaine d’années.

Pour être visible de la vallée, la croix n’est pas vraiment au sommet

Derrière cette crête, la soufflerie

Le Duffre et la Pyramide


La longue crête de Serre de la Bouisse
Après 2 jours de vent, l’abri de la voiture, d’un coup trop chaud, est reposant.
C’est une petite virée sans rencontrer une âme.
Débutant en réchaud à bois, je suis content d’avoir constaté ses difficultés et ses limites dans ces conditions difficiles mais persuadé qu’il demande un certain savoir faire que je n’ai pas encore totalement.
La tente Shangri-La 1 de Golite de 500 g est vraiment un abri efficace, on peut s’y fier par fort vent ou dans la tempête. Elle demande juste un peu d’entraînement pour être montée correctement (réglages des hauteurs des bâtons).
Mon sac de base pesait environ 3,5 kg. Des gants plus chauds que les gants de soie m’ont manqué. Finalement je ne suis pas du tout convaincu de l’efficacité de ces derniers, même en sous-gants. Il est même plus facile de se réchauffer les mains nues.