Un bout de balcon sur la Durance

par Fab le 8 avril 2010. Classé dans: Randos MUL.

Cela  faisait un bout de temps que j'avais abandonné ce blog. Ce fut un hiver un peu spécial pour moi, une sorte de pause avec beaucoup moins de randos à skis. Je n'ai pas pu réaliser non plus un projet de bivouac hivernal. Les conditions météo ont été spécialement médiocres et cela semble continuer en ce début de printemps.

Bref, il était temps de reprendre la "main" avec une balade à pieds secs, espérais-je, pour changer de la neige.

Initialement était prévu un tour sur  crêtes et sommets du Buech, mais devant une météo que je ne sens pas au matin, je reste dans le coin pour une basse traversée improvisée en balcon sur la Durance, une courte balade sympa pour sortir un peu sans les skis.

 

Jour 1 : Montée de Réotier, les Guieux et bosse belvédère

Une montée agréable en milieu d'après midi en partant du fond de vallée (950) en face d'Eygliers, à l'intersection avec la route d'accès au Queyras. Le temps est voilé, les températures douces. J'ai pris le réchaud à bois (ma dernière fabrication) que je suis bien décidé à tester à fond. Sac de base d'environ 4 kg.

Toute la montée est sèche mais on sent que la neige a disparu depuis peu. Hormis quelques premières renoncules (hépatica triloba), la végétation n'a pas encore démarré même sur ces coteaux bien exposés. Presque sans transition, une fois les premiers plateaux atteints au-dessus de 1400 m, la neige est là, entourant quelques zones de terrain détrempé.

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Aux Guieux, quelques maisons d'estive encore inhabitées
 

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Je poursuis mon chemin à travers champs et je commence à chercher un emplacement. Désormais je marche dans la neige pourrie et je mets des guêtres (surtout pour ma chaussure fenêtrée au couteau en juillet…). Je rejoins  une bosse dominante vers 1500 m où s'étend une vue complète sur les massifs et la vallée. Cela  me semble un bon endroit pour dormir. Il y a quelques arbres, de la neige, je monte la tente sur un plat à moitié déneigé près d'un arbre.

Vers 19 h 00 le vent thermique de vallée se lève, c'est une soufflerie pénible et discontinue et l'endroit y est exposé. J'avais privilégié la vue panoramique à l'homme caché dans les bois mais je n'en ai pas profité beaucoup…

Je prépare les brindilles. Le bois est humide, inutile de bâtonner du gros. Je cueille du sec sous les branches basses d'un pin. J'ai beaucoup de mal à allumer le réchaud à cause du vent et même à allumer le briquet tout court, il faudra trouver une meilleure solution. Enfin, une fois parti, c'est assez long mais j'arrive à cuire des pâtes.

Le vent n'est pas ce qu'il y a de plus glacial mais le soleil ayant disparu, j'en fait bientôt autant sous la toile après l'avoir consolidée au vent par deux corps morts en bois (croix en bois et écorce épaisse et plate) reliés à mes lacets et enfouis dans la neige. Il faut dire aussi que le terrain était rocheusement ingrat et mes 6 piquets fins en titane m'ont sauvé bien qu'à peine efficacement plantés, plutôt glissés entre les pierres sous-jacentes.

Sous la toile, c'est un terrain boueux avec neige. J'étends le polycree puis l'arckmat mousse de chez A.D et l'auto-gonflant court par dessus. L'isolation du sol détrempé et froid fut parfaite. Puis allongé, fixant les bâtons s'évertuant frénétiquement à une sorte de danse Africaine, c'est l'attente d'un hypothétique sommeil. La toile pliait  comme le roseau mais je ne craignais nullement qu'elle cédât, c'est une Shangri La. Non, c'était le bruit qui était pénible. Pour éviter les courants d'air sur le visage, j'eus l'idée de me cacher sous ma veste imper-respirante et je me demande si ça ne serait pas aussi une solution pour stopper la condensation dans la tente, due en grande partie à la respiration, si c'est la veste qui la récupère…

Puis le vent s'est tut d'un coup après 21 h, mais relayé par le bruit long et incessant de chaque avion se succédant l'un après l'autre : juste au-dessus, une ligne aérienne. C'est triste mais je crois que vais ajouter deux boule quiès à ma liste. Bon, j'ai tout de même eu le plaisir d'entendre la hulotte la nuit.

 

Jour 2 : Traversée Sud-Nord à flanc jusqu'à la Rame

Ce n'est pas avec mes grasses matinées des derniers jours ni l'effort de la journée qui promettaient un sommeil profond et j'ai eu l'impression d' avoir peu dormi. Pourtant, le jour est déjà là et ça fait 10 h que je suis allongé.

Le vent se relève mais dans l'autre sens évidemment. Il n'y eut strictement aucune condensation nulle part. Les températures n'étant pas descendues en-dessous de 0,5 °C, je n'ai pas eu froid habillé dans le Walden 250.

Le temps est couvert et bien plus mauvais que ce que la météo annonçait (comme d'habitude). Vers 8 h je décolle pour la suite de l'itinéraire qui ne s'annonce pas facile, non par son dénivelé  ni par sa distance d'environ 13 km mais bien par le niveau d'enneigement auquel je ne m'attendais pas à cette altitude. Et comme il n'a pas gelé, il ne fallait pas compter sur une neige portante. Les raquettes étaient bel et bien nécessaires.

Je commence donc à faire mes trous dans la forêt sauvage et je perds la sente un bout de temps et dès le départ. Quand la traversée passe les ravins, le cheminement s'oriente naturellement au nord où la neige est encore bien plus présente. J'ai pris mon temps mais heureusement je ne m'enfonçais pas jusqu'aux cuisses à chaque pas. Après un moment à faire le sanglier dans la neige pourrie en plein bois pentu, je traverse le premier torrent et je retrouve plus loin le GR 50 (tour du Dauphiné) qui sera totalement enneigé jusqu'au Ponteil, bien que ne dépassant jamais les 1500 m.

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Dans les bois enneigés, où est la sente ?
 

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J'ai bivouaqué au sommet de cette bosse au premier plan
 

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GR 50 encore bien en neige
 

Du village où il y avait encore près d'un mètre  de neige par endroit, j'avais prévu de descendre par le sentier sur le Gouas avant de rejoindre Champcella mais l'enneigement descendait bien encore jusque vers 1100 m dans cette orientation. Las de chercher le chemin en m'enfonçant, je continuai sur le GR 50 désormais sec.

Je traverse le petit hameau sympa de Champcella puis je rejoins le plateau sous le  Chambon, au bord du gouffre de 200 m de Gourfouran. Sous quelques gouttes, je trouve la "voie Romaine" (en fait il ne s'agit pas d'une voie Romaine, elle est plus récente) qui, dans d'impressionnants lacets bordés de murets qui s'écroulent, serpente dans les points faibles de la barre de 200 m pour rejoindre le fond de la plaine.

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Au bord du gouffre
 

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Descente dans la plaine par …
 

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La "Voie Romaine"
 

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Vestiges découverts en 2003

 

Un peu d'histoire :

Ce secteur est un lieu majeur d'archéologie de la Haute Durance.  En 2003, la sécheresse a empêché la luzerne de pousser là où les racines butaient sur des constructions enfouies ce qui a fait apparaître le vestige ci-dessus à comparer avec ma photo précédente.

Des fouilles ont eu lieu par la suite, il ne s'agit pas d'une villa Romaine mais bien que le bâtiment garde son mystère, il s'agirait d'un reste de mutatio (qui veut dire changement, créé par Auguste en -27) en bordure de voie Romaine. Il y aurait donc eu un village et pas un seul bâtiment, qui servait de relais du service des postes de l'empire Romain. Mais dans ces lieux, se superposent d'autres vestiges qui remontent à l'âge de Bronze…

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