Un tour en provence haut alpine (28-29 octobre 2009)
par Fab le 2 novembre 2009. Classé dans: Randos MUL.Désormais, chaque année, en octobre, j’aime aller me faire un petit tour dépaysant dans la garrigue colorée de la provence haut alpine. Toujours désert, je trouve un réel charme à parcourir ces reliefs calcaires, ces petits sommets et ravines. J’envisageais le tour des Baronnies du Buech mais je n’avais pas assez de jours disponibles.
Ce sera donc une petite balade dans le massif de Céuse, juste à l’ouest de Gap et au sud du Dévoluy. L’altitude n’est pas importante mais sur les sommets, désaxés au milieu de plaines, la vue est grandiose et embrasse tout le massif des Ecrins, du Queyras et du Dévoluy. Un regard vers le sud et c’est la pure provence qui se déroule avec les derniers reliefs préalpins.
Jour 1 : La petite Céuse (1681)
D+ : 670 m
D- : 20 m
Temps : 1 h 20
Le mois d’octobre a connu une période de froid avec des températures négatives, de la neige en montagne mais en cette fin d’octobre ensoleillée, c’est un redoux agréable qui me permet dans ce secteur de démarrer en short et t-shirt dans l’après midi.
Je pars depuis le vallon de Baudon (1036 m), non loin de Sigoyer et entame la montée devant la célèbre et imposante falaise en demi-cercle de Céuse. Je traverse le torrent au niveau de Surville, prends une piste et un morceau de sentier conduisant au col des Guérins avant de monter directement en hors sentier le versant S-E du sommet. La carte IGN, complètement obsolète montre une pente nue alors que tout le versant est une forêt de mélèzes replantés.
En espérant ne pas me faire tirer par un braco, je nage à travers la végétation joliment colorée avant de sortir enfin à vue libre vers 1500 m. Dans un terrain raide j’atteins un collet à droite du sommet. Je cherche déjà des emplacements potentiels de bivouac, c’est que la nuit tombe vite et je suis parti assez tard. Là je vois un replat herbeux, je monte au sommet par un dernier raidillon rocheux et, juste devant le cairn, je découvre un plat d’une surface de tente. Le sol est caillouteux mais cette fois j’ai pris la Shangri- La 2 (pas de tapis de sol intégré). Cela sera parfait pour tester mon nouveau tapis de sol MUL, le polycree. Rapidement, grâce à 6 piquets en titane ultra fins, je fixe la toile au sommet. Un bout de Arkline relié au piquet du cairn vient consolider tout ça en cas de vent fort. Mais j’ai de la chance, sur ce sommet exposé au premier vent venu, l’air est calme. Seul un vent moyen viendra par moment secouer la toile pendant la nuit.
Le jour décline déjà après 17 h 00. Je regarde longuement le spectacle splendide du coucher de soleil sur la montagne d’Aujour. L’horizon tourmenté par les dernières crêtes s’enflamme. Sous la lune presque pleine qui prend le relais, j’allume le P3RS. Dans la plaine, Gap et les petites maisons éparpillées sur des dizaines de km s’illuminent.
La température est douce et ne chute pas : 8-9°C. Je vais passer une nuit un peu longue mais elle sera très agréable.
Dans cette tente 2 places, seul, c’est un vrai palace avec possibilité de cuisiner assis. Pourtant son poids total avec sol et piquets est quasiment celui de ma Tarptent 1 place soit 740 g. C’est donc la solution pour l’hiver quand il faut tout faire dedans à l’abri du vent glacial.
Le thermomètre ne descendra pas en-dessous de 5-6 °C, je dors donc comme un bébé dans le top bag Walden de A.D (sans capuche) habillé juste d’un haut et d’une cagoule.

Montée devant la célèbre falaise de Céuse

Dans la grande plaine, GAP

Bivouac au sommet

Coucher de soleil sur la montagne d’Aujour

Jour 2 : Col de Bois Rien (1455) – Col de la Baume (1339) – Crête et Rocher de St Pierre (1454)
D+ : 962 m
D- : 1600 m
Temps : 7 h 50
Je me réveille vers 6 h 45, les couleurs flamboyantes réapparaissent de l’autre côté et j’assiste peu après au lever du soleil.
Il est clair que si en général on recherche un emplacement de bivouac plus protégé avec eau à proximité si possible, le bivouac au sommet est absolument incomparable : vue, spectacle, soleil immédiat le matin…donc c’est à privilégier quand c’est possible et quand les conditions sont clémentes.
Après quelques photos, je descends du sommet par le N-O, désescalade de la barre mais facile. Je rejoins le col de Bois Rien dans la pinède puis le sentier est très beau à flanc jusqu’au col de la Baume avec un passage dans une hêtraie; frais et humide.
Du col de la Baume, j’attaque la garrigue par les rochers puis je suis le fil de la crête de St Pierre. Je prends le temps de ramasser quelques brins de thym, plus il pousse sur le rocher aride plus il est bon, pareillement avec un peu de sariette. Par un peu d’escalade, j’atteins le Rocher par l’arête Est.
La suite consiste à descendre plein sud sur Esparron. Inutile d’essayer de trouver la sente indiquée sur la carte. Il commence à faire chaud dans cette garrigue aux genets qui me flagellent les jambes. Faudrait me payer pour être là en plein été.
J’arrive à rejoindre les ruines de Vière, un groupe de maisons ou vivaient encore 3 familles avant la dernière guerre. La végétation reprend le dessus. Je cherche la source fontaine àflanc dans le ravin pendant 30 minutes, dur, je monte, je descends, j’essais de déchiffrer la zone, la sente qui se perd…. Ce n’est pas tant pour l’eau que pour le plaisir de la trouver. Je trouve finalement un écoulement très faible mais je n’ai jamais trouvé cette source. J’en prélève 1 litre dans lequel je jette une pastille. J’étais parti avec 3 litres, le soir j’en ai utilisé 1 pour me laver la tête, manger et me laver les dents. Avec les 2 l, dans cette région où l’eau est rare surtout en plein automne, ça pouvait passer pour la journée.
Après un peu d’errance, je retrouve la sente plus bas qui passe par une croupe tourmentée entre 2 ravins et qui rejoint le fond de la vallée et son ruisseau. Il faut ensuite rejoindre le GR 94 pour remonter au col de la Baume. J’aurais du passer par le village d’Esparron mais j’ai voulu éviter ce détour pour empreinter une sente à flanc en rive gauche. Bien mal m’en a pris, je me suis enfoncé dans une jungle indéscriptiblement inextricable. Un piège d’épineux de toutes sortes : églantiers, pruneliers, arbres…35 minutes de combat sans coupe coupe, plus je m’enfonçai plus je me piégeai pour progresser de 2 ou 3 m par minute. Mes bras, mes jambes devenaient charpies mais j’essayais de ménager le reste du matos, le sac à dos Golite s’en est sorti sans mal, les vêtements un tout petit peu moins.
J’ai dû abandonner l’idée de monter pour rejoindre d’urgence le lit du torrent. Une partie plus clairsemée me donne alors l’issue. Ah, la sauvage végétation de l’étage colinnéen, ça ne rigole pas mais ça m’a rappelé mes premières escapades de gamin en culotte courtes à la campagne.
Quelque peu ensanglanté, les jambes et les bras piquants, je remonte le sentier plein sud, dans une jolie pinède mais je me pose 150 m sous le col pour manger, il fait bien chaud. Je jumelle alors le ballet de deux grands aigles au-dessus de la crête.
Une fois le col de la Baume franchi, je reprends la partie boisée à flanc pour retourner au premier col. Je flâne, ramasse quelques champignons (petits gris et violets qui feront le repas du soir) et de ce col, je prends un sentier qui va descendre d’abord pour longer le versant S-O de la Petite Céuse à flanc et rejoindre une autre zone de ruines abandonnées : le village de Ceas qui était habité à l’année et où vivaient encore 5 familles au début du siècle. Une dernière montée à un collet puis je redescends à l’ombre de feuillus, par un sentier, des champs, une piste, des maisons isolées et leurs sales cabots agressifs et dangereux, la route et la voiture. Finalement, l’eau prélevée m’aura servie.

Lever de soleil

Première lumière sur la grande soeur

Au fond, tout le Dévoluy



La petite Céuse

Joli passage en hêtraie


Sur la crête de St Pierre


Ruine de la Vière

Descente en marnes calcaires sur Esparron
Bilan :
Une belle petite escapade, sans personne. Un sac de base qui ne dépasse plus désormais les 4 kg mais si je déduis ce que je n’ai pas utilisé (imper-respirant, housse de sac) et ce dont j’aurai pu me passer (gants, toilette), j’aurai tout aussi bien pu partir avec un sac de 3,4 kg.
Ayant toujours utilisé une couverture de survie épaisse retaillée comme tapis de sol (143 g), j’ai testé le polycree que j’ai trouvé horriblement fin à réception. Mais ce premier essai, sur un sol jonjé de petit cailloux, m’a convaincu. Encore plus facile à plier pour un poids trois fois moindre : 46 g !