Ecrins : un tour des Piniers (29 et 30 août 2009)
par Fab le 1 septembre 2009. Classé dans: Randos MUL.
Dans les Ecrins, un tour très sauvage, la façon la plus courte de faire le tour des Piniers, depuis le parking de Dormillouse en 1 jour et demi :
Col des Terres Blanches (2721) – Le Tuba (3008) – Lac des Pisses (2515) – Grand Lac des Estaris (2570) – Col de Freissinières (2782) – Roc Diolon (3071).
Un sac de base de 4 kg 100 et 1 kg de nourriture.
Jour 1 : Parking de Dormillouse (1420) – Grand Lac des Estaris
Col des Terres Blanches (2721) – Le Tuba (3008)
D+ : 1950
D- : 850
8 h
Départ 8 h 30. Grand beau, seul un nuage bouche le Grand Pinier au matin.
Montée agréable jusqu’au lac du Fangeas (1990), 1 h. Puis c’est une montée sauvage, dans vallon magnifique aux grands espaces en passant au Quartier d’Août via 2 grands zig-zags pour passer deux grandes barres. Après une longueur de plat, la suite est minérale. Le Tuba (3008) s’atteint en 1 h depuis le col des Terres Blanches pour un total d’à peine 4 h par une crête peu ascendante, à cheval avec le Champsaur, face au Petit Pinier (3100). Cette crête domine le vaste vallon du Fond de la Cabane qui ne présente aucune trace de sentier et qui possède deux petits lacs non nommés. Bref un bout du monde perdu comme on en voudrait plus…
L’idée était de traverser le Tuba en descendant le versant N-O sur le vallon de Chabrières. Pour en avoir descendu la face Nord à skis avec du 45°, je savais que la raideur serait au rendez-vous mais vu la qualité du terrain qui ne demande qu’à être recouvert de neige pour être humain , je m’attendais bien à une descente délicate. Je confirme que la face Nord n’est praticable qu’en ski de pente raide et le versant Ouest direct du col du Fond de la Cabane semble impraticable à pied, en tout cas trop dangereux à mon avis.
Je descends 50 m sur le col pour tenter d’apercevoir un passage raisonnablement possible. Je descends lentement dans une pente très raide d’éboulis schisteux instables, sur fond terreux glissant et mouillé. Pendant 150 m, du haut je me demande si ça passe, il y a plein de petites barres qui semblent plonger sur les pentes d’éboulis inférieures. Je me serais senti plus à l’aise avec mes vraies chaussures d’alpi dans ce terrain dangereux et exposé dans lequel je n’amènerai jamais personne.
La glissade n’étant guère recommandée, c’est donc avec une grande prudence et en assurant chacun de mes pas que je louvoie un peu avant d’effectuer une traversée pour finalement trouver la sortie. Les 400 m qui suivent ne sont qu’une pente d’éboulis fatigante qui demandent vigilance et équilibre. Je ne déteste pas vraiment ce genre de terrain qui fait aussi la montagne, ludique, formateur mais grossièrement appelé terrain pourri; par ici je ne vois aucune trace de passages ni cairns comme cela est souvent le cas de temps en temps presque partout même dans les endroits sauvages. Je suis dans le Champsaur, du flysh posé sur grès.
Plus bas, il reste à trouver deux passages clés pour franchir plus facilement 2 barres mais le secteur parcouru à ski ne m’est pas inconnu (Petit Pinier versant Ouest, Entre pinier et Grand Pinier S-O). Cependant, du haut ce n’est pas si évident. Je compte rejoindre le sentier menant de Prapic au lac des Pisses mais en descendant le moins possible.
Deux barres bien nettes sur la carte IGN parcourent le cirque à 2450-2500 et 2350 m. Je pouvais rester sur la plus haute et traverser mais cela me semblait plus fatigant d’autant que je tombe pile sur le passage qui passe la barre inférieure. Je longe alors le pied de cette dernière jusqu’à retrouver le sentier au niveau d’une cabane. Le hors sentier est fini, c’est dans une chaleur qui en dit long sur la canicule en plaine, vers 2300 m que je remonte au lac des Pisses (2515).
Je m’octroie une pause, la suite n’est que du repos : 1 h 30 de sentier presque horizontal qui mène en flânant aux lacs des Jumeaux puis 70 m plus haut au lac d’Estaris.
La traversée est belle, Prapic est blotti tout au fond. Mais rapidement, en traversant vers le N-O, on aperçoit des pylônes. Le sommet de la station de Merlette n’est pas loin, la tumeur cancéreuse que j’ai vu s’étendre toujours plus ces dernières années atteint sans doute sa phase terminale. Quand on pense que le secteur est plein de lacs, que le grand lac lui-même est au centre d’une réserve naturelle, on a du mal à comprendre un aménagement intensif et croissant aux alentours
C’est à 2570 m, sur un plat herbeux à faire rêver les tapis de sol et les piquets de tente, au bord du lac, que je plante. J’ai quelques heures de sérénité en pleine solitude pour profiter du dernier soleil, me laver dans le lac et admirer le couchant.
Dormillouse
Lac Fangeas

Lac Fangeas
Le Mourre froid, un autre 3000 classique du Champsaur
Le Rochelaire (3108), skiable de l’autre côté
Les terres blanches du col de Terre Blanche
Petit Pinier (3100) sur fond de Sirac (3440)
Brebis perdues vers 2900 m

Sur la crête du Tuba (3008)
Le vallon du Fond de la Cabane et ses petits lacs anonymes

Le petit Pinier au cours de la descente délicate
Délicat
Prapic au fond
Toute la partie hors sentier depuis le Tuba au milieu
Lac des Pisses (2515)
L’itinéraire en gros

Lac des Jumeaux

Plage et 3000 (face N du Mourre Froid)
Seul sur la plage
Les Lacs inférieurs vers 20 h
Cherchez ma Tarptent !
Jour 2 : Col de Freissinières – Roc Diolon (3071) – Dormillouse.
D+ : 500
D- : 1650
4 h 30
Je passe une nuit médiocre pour une fois, à cause du vent bruyant qui a soufflé la moitié de la nuit.
Réveil à 7 h 00 pour un départ à 7 h 45. Du col, je fais en passant le Roc Diolon (1 h depuis le lac), un sommet facile que je ne connaissais pas mais que j’ai trouvé bien beau avec une ambiance de brumes épaisses venant du Champsaur. J’ai pu réapercevoir plus bas le lac des Pisses de la veille.
La suite est une longue et paisible descente dans un vallon d’une très grande beauté malgré la période, en particulier vers 2330 où plusieurs eaux se rejoignent pour former le torrent principal. Peu après, le lac du Lauzeron est presqu’à sec, dommage. Ce n’est pas le printemps mais pour un été qui n’a connu que quelques orages, ça coule encore bien dans le vallon. Vers 2000 m, j’entre dans la fraîcheur du mélézin puis traverse Dormillouse, toujours trop fréquenté, fort contraste avec la solitude de ma balade.
Vers midi je suis en bas et 20 minutes plus tard ma petite famille me rejoint pour manger et passer un moment près du torrent, c’est pas sympa ?
Le lac d’Estaris depuis le col de Freissinières (2782)
Lac des Pisses depuis le Roc Diolon (3071)

Brumes sur la montagne du Chapan

De la neige éternelle ?
Crête du Martinet
Haut du vallon de Chichin
Bilan :
Les vallons de Terres Blanches et de Chichin sont d’immenses vallons magnifiques dont la beauté est parfois insoutenable (âme non sensible s’abstenir), leur parcours est agrémenté par deux 3000 mais je ne peux pas vraiment conseiller la traversée du Tuba, trop délicate si on n’est pas aguerri et habitué au terrain de montagne délicat.
Il faut alors traverser le col des Terres Blanches et passer à Prapic pour une étape très longue ou supplémentaire mais non moins belle.
Je continue à tester le Walden 250 mais toujopurs pas moyen de se les cailler avec encore du 3 °C minimum.
Encore une fois la lampe frontale ne m’a pas servie, désormais ce sera une loupiote de 10 g pour l’été, hop 66 g de gagné.
La cagoule est très efficace avec le Walden : cou bien protégé et bien adapté pour les courants d’air. Je gagne encore 30 g sur un bonnet.
La progression MUL se poursuit tranquillement : bientôt sous les 4 kg…
19 juillet 2010 à 14 h 48 min
Un grand merci pour ce compte-rendu !