La virée des cabanes ou le parcours initiatique d’une tête de MULE
par Isa le 11 août 2009. Classé dans: Randos MUL.
C’est ce week-end du 1er et 2 août 2009 que je me suis décidée à accompagner Fab, mon compagnon dans une première randonnée MUL.
Cela fait maintenant un an et demi, que j’entends parler de matériel ultra léger, de P3RS, de grammes et de rations alimentaires. Il était donc temps pour moi d’aller vérifier ce concept.
Mon compagnon a choisi avec minutie un parcours de 2 jours tenant compte de l’intérêt du site, du dénivelé mais surtout de ma condition physique et de ma motivation ! Amusée et attentive, j’ai préparé mon matériel, en suivant à la lettre les conseils de mon compagnon. Nous étions prêts ! Toutefois la réussite de notre première restait conditionnée à l’arrivée du colis de Artligt Design contenant la tente 2 places et mon sac à dos Golite Jam2. A 13 heures ce samedi, la factrice nous délivrait de notre impatience. En 30 minutes, les sacs étaient remplis et pesés (avec 1,5 l d’eau et nourriture) : 5,5 kg pour moi et autour de 7 kg pour lui. En route pour l’aventure !
16 h , départ de la cabane de Tramouillon à 1963 m. Mes premiers pas sont hésitants mais souriants, il fait chaud, mon compagnon a déjà 25 pas d’avance ! Et là le doute m’envahit déjà: vais-je y arriver ? Je le sais, je n’ai pas la forme physique au sortir d’une année de maternité, sans activité sportive régulière, sans la reprise des footings et les poumons encrassés par contre par la reprise du tabac en période baby-blues ! Le seul point positif a cet instant de solitude intérieure: je ne sens pas le poids du sac à dos. Perdue dans mes interrogations, la cabane de clot saint Jean s’ouvre à mes yeux (altitude 2017 m). Superbe petite cabane entretenue, au bord d’un torrent, sur un replats herbeux. Ensuite nous repartons vers le col de Val Haute ( altitude 2617 m), au passage nous dépassons la cabane de l’Essaumaure; la montée continue, interminable pour moi, et déjà j’entends au loin la voix agacée de mon compagnon qui me demande d’aller plus vite. Et quand il m’attend et que j’arrive à le rejoindre, il repart aussitôt, même pas le temps de boire un coup ! Passage du col et descente dans le vallon de Font Cailla où nous bivouaquons. On choisit un coin idéal pour planter la tente, j’aide au montage, élève assidue j’écoute et je participe à l’installation du bivouac, il est déjà 19h30. Petite toilette dans une salle de bains design «pierres de torrent» et «fond sonore moustiques d’altitude».
Il est l’heure du repas, mise en chauffe des P3RS. A la carte ce soir : nouilles asiatiques et soupe de légumes, chocolat et café. Je regarde amusée ces petites popotes qui travaillent, je découvre enchantée cet instant de pause dans un décor que je commence à regarder. Les derniers rayons de soleil illuminent des parois rosées dans un silence quasi monastique d’une nature brute d’authencité. Je me sens bien enfin. Et puis c’est l’heure du dodo, et les commentaires de mon compagnon sur la technicité de la tente et la qualité du matériel me bercent à défaut d’un baiser amoureux ! Je passe une bonne nuit même si par deux fois je suis réveillée par le bruit de quelques gouttes de pluies qui laissaient présager d’un mauvais temps certain pour ce dimanche 3 août.

C’est que du sentier il avait dit…

Où suis-je ?

De l’autre côté un beau vallon sauvage

Une belle fleur plutôt rare: la Swertie

Une soirée paisible

Premier test concluant de la Shangri-la 2
Effectivement, au lever le ciel est menaçant, nous levons le camp. L’itinéraire descend le long du torrent et passe à proximité de la cabane du Gourre et sa fontaine à 2017 m d’altitude. A peine remplissons-nous les camel-back que la pluie s’abat en cordes ! Quelle chance, nous sommes à quelques mètres de la cabane ! Nous trouvons refuge dans l’abri à bois juxtaposant la cabane qui elle était fermée à triple tour. Il est à ce moment environ 9 h et une interminable attente commence au rythme des éclairs, des tonnerres, des cordes de pluies et de l’ennui qui s’installe inexorablement avec comme seule idée inconcevable : la rando allait avorter à cause du mauvais temps ! Aucune accalmie !
C’est qu’il me manquait encore un élément important de mon équipement : une veste imper, vous savez celle qui reste en permanence au fond du sac quand on l’emmène et qui devient indispensable le jour on ne l’emporte pas. Avec tous ces jours de grand beau, nous avions pris le risque d’être un peu sous-équipé quitte à prendre une petite saucée éventuellement mais pour fêter ma sortie, ce fut le seul orage de cette ampleur depuis le printemps dans le secteur.
C’est quand même vers 11h00, que nous nous sommes résolus à poursuivre la descente sous la pluie avec l’amère certitude que notre rando se terminerait sans doute par l’obligation d’un rapatriement automobile à des kilomètres du point de départ et d’arrivée si l’orage se poursuivait.
Fab me donne sa veste et on complète en se fabriquant une panoplie de pluie avec les moyens du bord: un sac poubelle en guise de gilet de pluie très élégant pour Fab, un carrymat pour chapeau étanche et une couverture de survie pour poncho, le tout attaché par de mauvaises ficelles récupérées dans la cabane à bois. Nous ne serons pas du tout trempés.
Une heure de descente sous une pluie battante (mais beaucoup moins d’éclairs et de claquements) jusqu’à la Cabane du Parc, là encore fermée! Et puis comme par magie un rayon de soleil est venu à cet instant percé le plafond nuageux. Des sourires jusqu’aux oreilles, la rando était sauvée : poursuite du circuit en direction du Col des Combes pour entamer la remontée vers le col de Tramouillon en passant par la Cabane de Clot Laffont au pied de tête de Gaulent. Malgré la pluie qui venait de s’abattre en ce début de matinée, je me suis sentie bien dans mes Technica, qui pas à pas m’ont permis de gravir avec plaisir des pentes trempées sous des couleurs d’été humide aux senteurs mélangées de rosée. C’est là que j’ai pris la mesure d’un bien-être oublié depuis quelques mois. Les cuissots commençaient à se faire sentir lorsque nous avons pris la descente vers la Cabane de Tramouillon, qui marquait la fin de notre virée. Il était 16h00, lorsque j’ai troqué mes chaussures de rando contre ma paire de tatane de plage !
Au total, une première rando d’environ 1300 m de dénivelé pour une tête de MULE. Je retiens de cette première expérience, la légèreté et le confort absolus du sac à dos qui m’a permis de concentrer mes efforts sur la marche, la régularité de mon pas, la découverte de sites méconnus. Aujourd’hui, on a pour projet une rando plus ambitieuse dans le Queyras. Je languis presque le jour du départ, il me faut encore régler quelques détails dans mon équipement et mon alimentation, même si depuis, j’ai investi dans une veste de pluie et dans des sous-vêtements techniques sans dentelles quoique la dentelle reste une matière ultra légère. Certes je reste une tête de MULE, mais je pourrais devenir une MUL avertie d’ici quelques temps.
Prochain article : ma liste d’équipement féminisée et milligrammée.