Le GR5-GR52 : de La ROCHE de RAME à MENTON (6 au 16 juillet 2009) – Première partie

par Fab le 5 août 2009. Classé dans: Randos MUL.

 

Un matin de fin juin, j’eus l’idée de partir de chez moi à pied, dans la vallée de la Durance, pour rejoindre la méditerannée. Dans ce petit projet, je n’avais aucun défi sportif ni de vitesse, je ne suis pas à 1 ou 2 jours près. A vue de nez, je prévoyais 10 jours, à voir avec la météo. Je n’avais nullement consulté cette dernière pour fixer mon départ. J’étais préparé à subir toutes les conditions et m’adapter.

Je me refusais tout gîte ou refuge, je voulais être totalement libre et bivouaquer n’importe où, c’est ma conception habituelle. Je partis avec 5 jours d’autonomie et je prévoyais de me ravitailler au moins une fois quand le GR passera dans un village. Par contre j’étais en totale autonomie pour le carburant avec 5 pom’pote d’alcool (466 g) en tablant sur 50 ml par jour et avec une marge. Dur de confier sa survie à un bout d’alu de 8 g, j’emportai donc un P3RS de rechange, c’est si vite écrasé…

Mon sac de base faisait 5200 g mais je pouvais faire face à toutes les conditions de froid et de neige en altitude. Je fit le choix d’emporter le topoguide de 135 g; j’aurais divisé le poids par 2 avec des feuilles A4 au 1/25000 mais il m’en fallait 20 pages. Se rajoutait 3950 g de nourriture avec les emballages et 1500 g d’eau. Le sac de départ pesait donc à peu près 10 700 g. En moyenne chaque jour, il ne devrait pas dépasser 8500 g environ. Je terminerai avec un sac de 6 kg avec 1 jour de nourriture d’avance et 100 g d’alcool.
 

Jour 1 : 6 juillet 2009 – La Roche de Rame – Vallon de Bramousse 
Col St Antoine (2458) – Col de la Lauze (2076)
 
D+ : 2220 m
D- : 1520 m
Temps : 9 h 45

Grand beau.
Départ de chez moi à la Roche de Rame (970 m) à 7 h. Je vais rejoindre le GR5 à Ceillac. Pour cela, j’empreinte le joli sentier menant à Champaussel puis en traversée je passe aux Grangettes et prends le sentier (partie magnifique) rejoignant plus haut le lac du Lauzet. Il reste à passer le col Saint Antoine (2458 m) pour basculer dans le Queyras en passant aux chalets de Furfande.
La suite, pour passer au Chatelard via le col de la Lauze (2076) est longue et le sentier suit la petite route goudronnée en 25 épingles pour rejoindre le Guil, au fond de la Combe du Queyras. Il faut ensuite remonter le vallon d’en face en passant au petit village de Bramousse.

Les vaches étant déjà entrain de massacrer le coin, je dû monter encore un peu pour enfin trouver vers 1650 m, un replat herbeux perdu au bord du torrent de Bramousse parmi quelques mélèzes.

Cette étape fut une reprise peut-être un peu trop exigeante en randonnée à pied. Bien qu’ayant réalisé presqu’une une centaine de sortie en ski en randonnée jusqu’au 17 juin, depuis je n’avais fait qu’une sortie MUL très cool de 2 jours à pied pour le plaisir et pour tester du matériel. Mes chaussures étaient bien rôdées d’une saison. Pourtant, un mauvais serrage et/ou un petit manque d’entraînement sur cette durée provoquèrent l’apparition d’une douleur osseuse sur la malléole droite au cours de la descente ainsi qu’un début de douleur sur un tendon antérieur du genou gauche.

 

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Le lac du Lauzet, je quitte ma vallée

 

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La vallon de Bramousse

 

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Premier bivouac

 

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Nouilles chinoises au P3RS : on ne s’en lasse pas !

 

Jour 2 : 7 juillet 2009 – Vallon de Bramousse – Lac Miroir
Col de Bramousse (2251)

D+ : 1200 m
D- : 612 m
Temps : 5 h 30

Grand beau. Peu de condensation. Température douce.
Réveil à 6 h 30 pour un départ à 7 h 15.
Dès les premiers pas c’est l’horreur, la douleur ne se fait pas oublier. Je m’arrête souvent pour diminuer la pression sur la malléole : je place autour des épaisseurs de papier, mon morceau d’éponge MUL. Mais rapidement, la gêne revient. Le moral baisse d’un coup, je commence à peine mon périple. N’ayant jamais connu la moindre ampoule ou autre, je suis dépité. Les doutes m’envahissent, je sais que ça ne peut s’améliorer. J’envisage d’acheter des baskets sur le parcours.

J’arrive rapidement aux chalets de Bramousse et descends sur Ceillac pour rejoindre le GR 5 sur l’itinéraire fréquenté du lac Miroir.

Quand la douleur prend le dessus sur le plaisir de marcher en montagne, l’idée d’abandonner surgit inexorablement mais je rejetais cette idée en me donnant comme objectif uniquement l’étape suivante comme but ultime. Cependant, je devais gérer la situation et je fis naturellement, ce second jour, une étape ridicule en stoppant au lac Miroir à 2220 m après une pause énorme à Ceillac suite à la descente  lente du col de Bramousse.

Ce fut un bivouac de rêve bien sûr, avec point d’eau, mais l’après midi, seul, avec un moral en baisse, fut assez longue malgré les paysages familiers et sublimes. Le vent fort, frais et les nuages prédominaient cette après midi là. J’ai néanmoins la chance de toujours bien dormir.

 

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Du col de Bramousse vers le nord

 

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Du col de Bramousse vers le sud

 

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Bivouac de rêve au pied de la Font Sancte

 

Jour 3 : 8 juillet 2009 – Lac Miroir – Vallon de Fouillouse 
Col Girardin (2700)

D+ : 950 m
D- : 1200 m
Temps : 7 h
 

Le vent est tombé pendant la nuit et le froid s’est installé avec 0 °C au matin. Des brumes se déchirent sur les montagnes pour laisser un ciel bleu et limpide.

C’est une tente givrée que je secoue avant de démarrer à 7 h 25. La montée par le lac Ste Anne au col de Girardin (2700) est bien belle au pied des couloirs encore bien enneigés de la Font Sancte mais elle fut ponctuée de nombreux arrêts pour tenter en vain de régler la douleur gênante.

Je bascule enfin dans l’Ubaye en arrivant sur la Barge. On est là sur un point négatif du GR5 : un long parcours sur route goudronnée. Non pas qu’elle soit fréquentée avec 3 voitures à l’heure mais près de 8 km tout de même à se taper avec la douleur. J’aurais payé cher pour une paire de tongs à ce moment là.
Ensuite c’est une remontée de 400 m pour Fouillouse mais, juste après le beau petit pont du châtelet, j’empreinte un très beau sentier dans le mélézin pour rejoindre à flanc le village. Je trouve plus haut dans le vallon, vers 2000 m, au bord du torrent un endroit de rêve pour camper avec vue sur le Brec de Chambeyron.
J’arrive encore très tôt mais je m’imprègne de ce lieu fleuri, fait une toilette et une « lessive » complète dans le torrent cristallin.Et puis je réfléchis à mon problème qui me gâche et ralentit mon raid. Une idée surgit brutalement : ce sera une opération chirurgicale ! Tailler dans la chair…non,…. pas dans la malléole qui est intacte et même pas gonflée (encore) mais dans … ma chaussure. J’allais radicalement la transformer en basket mais après analyse, je découpe simplement une fenêtre qui permet encore le laçage complet.

Je ne peux vous décrire la joie que j’ai ressentie à l’essai. L’os enflammé étant libre, je n’avais plus aucune douleur. Je réalisai que je venai de sauver en quelques secondes la rando. Je dormis comme un gros bébé heureux.

  

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Le miroir au petit matin

 

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Le lac Ste Anne

 

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La belle vallée de l’Ubaye

 

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Près de 8 km de vallée à descendre

 

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Arrivée à Fouillouse

 

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Bivouac de rêve vers 2000 m

 

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Méditation près du torrent

 

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Après l’opération chirurgicale (de précision)

 

Jour 4 : 9 juillet 2009 – Vallon de Fouillouse – Lac de Lauzanier 
Col du Vallonnet (2524) – Col de Mallemort (2559)

D+ : 1400 m
D- : 1050 m
Temps : 7 h 30

Au petit matin, grand beau mais mon plus froid pliage de camp à l’ombre : 0 °C + vent (température négative ressentie).
Belle montée au col du Vallonnet dans la fraîcheur givrée et parmi de nombreux chamois tous proches. Beau secteur plein d’eau au pied de la Meyna avant de traverser le col de Mallemort sur Larche. De là encore une heure de goudron ingrate sur la petite route menant à Pont Rouge, parking à lentrée du Parc du Mercantour. Je poursuis ce superbe vallon fréquenté dans le bas pour rejoindre le lac de Lauzanier (2300 m). En 1 h 30 de plus, je pouvais passer le Pas de la Cavale et bivouaquer de l’autre côté mais je trouvai là un magnifique endroit de bivouac avec point d’eau. De plus je voulais progressivement remettre le corps en condition. Seuls quelques pêcheurs restèrent tard au soir.

  

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La Meyna (3067) depuis le col du Vallonnet

 

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Lac du Vallonnet

 

P1040053Remontée du splendide vallon du Lauzanier

 

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Lac du Lauzanier

 

Jour 5 : 10 juillet 2009 – Lac de Lauzanier – St Etienne de Tinée
Pas de la Cavale (2671) – Col des Fourches (2261) – Col de la Colombière (2237) – Col d’Anelle (1739)

D+ : 1200 m
D- : 2330 m
Temps : 8 h 15


Troisième lever à 0 °C. Via à un autre lac, la montée du Pas de la Cavale est rapide. Un premier petit névé. Cette fois le ciel se voile. Belle traversée sur les immenses alpages de Salso Moreno, remontée au col des Fourches et descente sans traîner sur Bousiéyas en croisant la fameuse route de la Bonnette et ses cyclistes. Le temps ne se dégrade pas. Je passe la Colombière et descends le versant plongeant sur St Dalmas de Selvage, très beau petit village pittoresque où je fais ma pause casse-croûte.
Enfin j’en termine avec le col d’Anelle qui met du temps à redescendre de l’autre côté. La chaleur est revenue pour les 600 m de descente sur St Etienne de Tinée (1144 m). Dur pour les pattes, c’est la 4 ème descente de la journée pour un total de 2300 m.

Ce village est l’étape prévue pour me ravitailler un peu et dormir au petit camping que je connais bien et qui réserve toujours un emplacement pour les randonneurs.
J’y rencontre un très sympathique couple de jeunes faisant le trajet en sens inverse. Ils m’informent que le GR52 est déconseillé sans équipement par les refuges en raison d’un enneigement exceptionnel. Ils ont eux mêmes fait un détour par une vallée pour shunter toute cette partie. Aïe…c’est la plus belle.

C’est un agréable petit retour à la civilisation mais pas ma meilleure nuit de repos à cause du sans gêne indescriptible de campeurs arrivés à la tombée de la nuit.
A l’épicerie, dur de refaire son sac sans jeter du surplus. Pas de gaz ! vive le P3RS. J’avais un jour d’avance de nourriture et repars avec 3 ou 4 jours, pensant compléter un peu à St Dalmas de Valdeblore, dernier point de ravitaillement pour passer la partie la plus alpine avant Sospel.

  

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Lac de Derrière la Croix en montant au Pas de la Cavale pour quitter le vallon de Lauzanier

 

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Premier névé au pas de la Cavale (2671)

 

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De l’autre côté, les lacs d’Agnel 

 

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Une belle cabane à Salso Moreno
 

 

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Erosion

 

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Arrivée sur St Dalmas de Selvage 

 

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La place du village

 

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La chapelle 

 

Jour 6 : 11 juillet 2009 – St Etienne de Tinée – Torrent du Démant
Col du Blainon (2014) – Col de Crousette (2480) – Stèle de Valette (2587) – Col de Moulinès (1982)

D+ : 2185 m
D- : 1480 m
Temps :9 h 28

Grand beau. Un bivouac doux. Un départ un peu longuet avant de monter franchement sur Auron.
Après 1 h 40 de montée, on arrive au bord d’une tumeur cancéreuse qu’il ne faut pas moins de 40 min à traverser en descendant d’abord.
Je croyais avoir vu le pire dans le 05. Téléphérique, golf, patinoire, gros chalets, forêt de pylônes….j’ai dû louper les quads…
Je trouve de surcroit le moyen de m’y attarder 25 min de plus en merdoyant un peu à la sortie. 
Une fois la tumeur traversée, la beauté du sentier du col du Blainon (2014) dans le mélézin plein nord, fait oublier tout ça.
La descente sur Roya, là c’est du beau. Le sentier descend en douceur jusqu’au fond. Un bel emplacement en effet près du pont pour bivouaquer mais après seulement 4 h 30 de marche environ, j’attaque les 1120 m du col de Crousette (ça monte encore 100 m plus haut derrière). Des nuages noirâtres envahissent le Mounier. Il n’est que 11 h 35 quand je traverse la rivière mais l’orage est possible dans l’après midi sur une partie assez haute et exposée et derrière, je sais que ça ne descend pas rapidement.
Ce vallon de Sallevieille est vraiment splendide mais long à remonter. Le haut présente une bonne longueur où coule en méandres l’eau cristalline dans la plate verdure, le tout décoré de beaux névés. Encore un endroit de rêve pour bivouaquer. Il fait froid, nuages noirs et brumes. J’en termine avec la fin caillouteuse. 
Il paraît qu’on peut voir la mer pour la première fois depuis le Mounier, ça ne sera pas le cas aujourd’hui. Dans un versant dénudé et sans eau je redescends, guettant un endroit où dormir.
Ce n’est qu’au moment de traverser le torrent du Démant après le col de Moulinès à 1820 m, que je trouve un unique petit plat vert inespéré juste de la taille de ma Tarptent. Les nuages ne se sont finalement pas développés plus. Le coin est étrangement sauvage. Je croise alors un groupe avec des ânes se donnant 2 mois pour rejoindre le Léman puis un Anglais bien chargé avec son fils. Ils cherchent et trouvent un emplacement dans le secteur. Aucun n’est passé par la Baisse du Basto et le par Pas du Mont Colomb bien que partis de Menton ou de Sospel. L’anglais avait eu peur pour son fils dans la neige dure du pas des Ladres à la descente.

 

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Le haut du vallon de Sallevieille

 

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Le Mont Mounier (2817)

 

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Descente vaste et dénudée

 

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Enfin un peu de verdure dans le fond pour dormir

 

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Mon sixième camp près du torrent à 1820 m
 

 

A suivre…

 

 

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